Oxygène à usage médical

Depuis son entrée dans le monde du médicament, l'oxygène à usage médical est devenu un produit nécessitant les plus grandes attentions. Dans les structures hospitalières, mais également dans les Sdis, la gestion des stocks, la manutention et la bonne utilisation de ce gaz demandent une organisation rigoureuse.
Texte > Sylvain Ley

Toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ou animales, ainsi que tout produit pouvant être administré à l'homme ou à l'animal en vue d'établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions organiques »(...) est un médicament. Telle est du moins la définition qui est allouée à ce dernier par le Code de la santé publique. 

L'oxygène (O2) administré aux victimes lors d'une intervention des sapeurspompiers entre donc pleinement dans cette qualification. C'est en 1996 que l'oxygène passe du statut de simple gaz industriel à celui de médicament. Cette année charnière n'a pas eu pour unique conséquence cette modification de terminologie car c'est une organisation entière qui a du être révisée, particulièrement chez les soldats du feu, utilisateurs réguliers de l'oxygène lors de leurs interventions. En effet, si l'O2, en tant que simple gaz industriel pouvait être manipulé par quiconque, il n'en est plus de même pour « l'oxygène-médicament ».
Depuis juin 1997 et son autorisation de mise sur le marché (AMM), les fournisseurs deviennent des laboratoires pharmaceutiques et les seules personnes habilitées à commander un tel médicament doivent être des professionnels de santé. Un gros bouleversement pour les centres de secours qui avaient pour habitude de remplir eux-mêmes leurs bouteilles... Les raisons de cette modification du statut de l'oxygène sont multiples, mais la principale a pour objectif de garantir au mieux la santé publique.Ce gaz étant administré à des victimes aux pathologies parfois très graves, il est primordial de s'assurer de sa pureté,dès sa fabrication et jusqu'à son administration. Dans les centres de secours, les bouteilles d'oxygène réservées aux victimes étaient parfois stockées dans des lieux peu recommandés et le gaz pouvait facilement être pollué lors des transvasements entre bouteilles, opération effectuée régulièrement à l'époque par les sapeurs-pompiers eux-mêmes, et qui pouvait s'avérer parfois très dangereuse (risque de « coup de feu », ou de compression adiabatique par exemple).

Désormais, ces différents problèmes ne sont plus, ou ne doivent plus être.Les soldats du feu ne sont plus propriétaires de leurs bouteilles, et le remplissage comme l'entretien de ces dernières ne leur revient plus (tout transvasement d'une bouteille à une autre est strictement interdit par note ministérielle). Mais s'ils sont aujourd'hui débarrassés de ces étapes contraignantes et dangereuses, ils ont dû cependant mettre en place un système de gestion inhérent au médicament. Les pharmacies à usage intérieur (PUI) ont fleuri dans la plupart des Sdis et les pharmaciens sapeurs-pompiers ont aujourd'hui la responsabilité de la gestion de l'oxygène médicale. Les PUI, un rôle pivot Le 26 décembre 2000, un décret publié au Journal officiel permet l'implantation de pharmacies à usage intérieur dans les Sdis chargés d'approvisionner en médicaments les centres de secours du département et d'en assurer la surveillance. C'est elle également qui est donc chargée, par l'intermédiaire du pharmacien, de commander la quantité d'oxygène nécessaire au fournisseur de gaz. 

Pour cela, les Sdis, établissements publics, lancent un appel d'offre et finissent par établir un contrat avec le gazier retenu.Ce contrat stipule la quantité d'oxygène que le fournisseur s'engage à livrer au Sdis, le type de bouteilles, les prestations de services associées, etc. Toute la difficulté de la commande est d'anticiper la quantité d'oxygène dont aura besoin le Sdis pendant la période établie par le contrat. Même si cette commande est estimative, il est important que le fournisseur de gaz en connaisse une fourchette relativement précise afin qu'il puisse s'engager à livrer l'oxygène en temps et en heure. Pour connaître la quantité de gaz nécessaire à son Sdis et, surtout, afin de savoir comment la répartir entre chaque centre de secours, le pharmacien calcule une moyenne de la quantité d'O2 utilisée par intervention. Celle-ci s'obtient tout simplement en divisant la quantité d'O2 administrée annuellement par le nombre d'interventions réalisées chaque année par les sapeurs-pompiers du Sdis. Connaissant ce chiffre, le pharmacien n'a plus qu'à répartir proportionnellement les bouteilles d'oxygène dans chaque CS,en fonction de leur nombre de sorties. 
Le centre de secours dispose donc d'un stock, dont une partie est dédiée aux véhicules d'intervention (la NIT 330 imposant un volume minimum de 4 000 litres d'oxygène disponible dans les VSAV, dont 2 000 litres en bouteilles portatives d'au moins 5 litres) et dont l'autre partie est entreposée dans les locaux du CS. Régulièrement, la PUI se charge de remplacer ces bouteilles vides par des bouteilles pleines, afin que le stock du centre de secours soit toujours le même. Le transport de l'oxygène, comme tout transport de fluide médical, est soumis à réglementation. Heureusement pour les sapeurs-pompiers, les quantités qu'ils déplacent étant généralement faibles, leur transport n'est pas soumis à la réglementation TMD (transport de matières dangereuses). 

Cependant, certaines recommandations de sécurité doivent être appliquées, comme l'arrimage des bouteilles en position verticale, leur protection contre les chutes et les chocs, une ventilation suffisante du véhicule, l'interdiction de fumer... 

Médicament et traçabilité En termes de santé publique, il est vital de savoir où sont, à chaque instant, les différents médicaments. Cela afin de pouvoir rappeler un lot défectueux qui risquerait d'aggraver, plutôt que d'améliorer, la santé des victimes.
Dans le cas de l'oxygène, cette traçabilité est d'autant plus importante que le gaz,comme la bouteille,dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM). L'un comme l'autre doivent donc répondre à des normes extrêmement précises. S'il s'avère que l'oxygène n'est pas pur, ou que la bouteille a un défaut quelconque, le fournisseur de gaz doit immédiatement récupérer les lots viciés pour les retirer du marché.Depuis que l'oxygène est un médicament, le gazier est en effet responsable du contenu (le gaz) comme du contenant (la bouteille).
Ce dernier va donc, avant de distribuer ses bouteilles, y inclure une puce électronique (ou un autre moyen permettant d'identifier le produit) pour pouvoir retrouver à tout instant chaque bouteille. Quand les bouteilles arrivent dans les Sdis, le pharmacien les redistribue dans les centres de secours. Le gazier n'est cependant pas au courant de la destination finale de ces dernières. Il est donc important que le pharmacien puisse retrouver chaque élément si les événements le nécessitent. Pour cela, il étiquette chaque bouteille afin de l'identifier. Cet étiquetage permet d'apposer le logo du corps départemental (afin d'éviter les échanges inopinés entre hôpitaux et centres de secours), ainsi qu'un numéro individuel. Ce numéro, intégré dans un logiciel de gestion, permettra de connaître la destination de la bouteille. 

Ainsi, chaque bouteille est individualisée, et doit pouvoir être retrouvée très rapidement par le pharmacien. « Travailler de cette façon centralisée, en passant par la pharmacie à usage intérieur du Sdis, permet de voir passer toutes les bouteilles qui entrent dans le corps départemental, ainsi que celles qui sortent,explique le pharmacien commandant Stéphane Lafond, pharmacien-chef du Sdis 16. Cela permet aussi un contrôle effectif et homogène des préconisations du Code de la santé en ce qui concerne l'oxygène médical, indique-t-il. Aujourd'hui, si cette méthode de gestion centralisée tend à se développer, certains Sdis préfèrent encore se faire livrer par le gazier à différents endroits. Cette technique comporte cependant quelques inconvénients. Les contrôles peuvent ainsi varier d'un point à un autre et perdent en homogénéité, si ce n'est en qualité. Responsable du circuit du médicament dans le département, le pharmacien sapeur-pompier doit alors renforcer ses procédures de traçabilité. S'il n'est plus responsable du gaz en lui-même et de la bouteille, il l'est cependant pour tout ce qui concerne l'acquisition, la gestion et la traçabilité. 

Le pharmacien prend donc très au sérieux tout ce qui concerne la bonne utilisation du médicament et de son contenant. Il est de son devoir d'informer les sapeurs-pompiers sur les bonnes pratiques et sur la conduite à tenir en présence d'oxygène médical sous pression.Ce devoir est d'autant plus important que les sapeurs-pompiers s'avèrent parfois très imaginatifs ; il s'est vu que certaines bouteilles d'oxygène médical soient utilisées par les plongeurs sapeurs-pompiers comme gaz de décompression pour réduire le temps des paliers... Gérer l'imprévu Toute la difficulté de la gestion d'un médicament, et particulièrement de l'oxygène chez les sapeurs-pompiers, est de gérer l'imprévu.Même s'ils savent à quoi s'attendre en termes de quantité d'O2 utilisée annuellement,les sapeurs-pompiers ne sont pas à l'abri d'une intervention d'envergure nécessitant de l'oxygène en très grande quantité (plans rouges,...).Pour répondre à ce type de risque, les Sdis ont différents outils à leur disposition. Déjà,ils bénéficient d'un stock tampon au sein de la pharmacie à usage intérieur qui permet de pallier les manques ponctuels d'un centre de secours. 

Ce stock peut alors être acheminé en urgence sur les lieux de l'intervention.Ensuite,certains centres de secours disposent d'une dotation « plan rouge ». Ils stockent ainsi une quantité d'oxygène beaucoup plus importante que leurs besoins quotidiens. Enfin,selon la réactivité du gazier et ses possibilités organisationnelles, celui-ci peut fournir une quantité importante d'oxygène sur une intervention. Cette alternative n'est en revanche pas systématique et, même si les sapeurs-pompiers peuvent – selon les gaziers – y recourir, ils savent que le réapprovisionnement peut prendre plusieurs heures. Les pharmaciens, doublés du statut de sapeur-pompier, préfèrent donc prévenir que guérir et comptent généralement peu sur cette éventuelle solution. Ils lui préfèrent une gestion de l'oxygène préventive,qui s'allie à une organisation de tous les instants où rigueur et exigence sont d'autant plus importantes qu'elles mettent en jeu la santé d'autrui. 

Commentaires (1)

1. anamath vendredi 16 mars 2012

un peu trop long pour parler de l'oxy , pas de tableau pour representer les eventuelles debit en inhalation et en insuflation pour adultes enfants nourrisson un peu decu....

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